Bisso na Bisso

Bisso na Bisso
SIX MOIS APRÈS LEUR TRIOMPHE AU ZÉNITH ET LEUR DISQUE D'OR, LES RAPPERS DE BISSO NA BISSO SORTENT L'ALBUM LIVE. DISCUSSION AVEC PASSI, INITIATEUR DU BISSO ET FIGURE DE PROUE DU RAP D'ICI.

Bisso Na Bisso, un projet ambitieux, une première dans le rap. Pour la première fois, l'afrocentrisme triomphe sur les ondes. Mais c'est surtout le succès de huit personnalités. À l'origine du projet, Passi. En 1996, quand celui-ci enregistre son premier album "Les Tentations", il est déjà en possession de quelques morceaux du Bisso avec l'idée de sortir l'album du collectif rapidement. Mais des raisons juridiques l'en empêchent. II mettra sur "Les Tentations" juste un extrait de "L'Union". Quelques secondes pour annoncer ce qui allait quelques mois plus tard valoir au Bisso le prix du meilleur groupe africain aux Kora Awards devant Nelson Mandela. Belle réussite pour le groupe, succès personnel pour Passi qui a su s'imposer à la fois comme artiste et initiateur de projet. Pour la sortie du live enregistré au Zénith, L'Affiche fait un tour d'horizon. Une heure pour évoquer le Bisso, Koffi Olomide, le tassement des ventes et les "putains de CDR". Micro ouvert à Passi en solo.

L'AFFICHE : Le Bisso a été une ouverture pour certains artistes africains comme Koffi Olomide, une possibilité de se faire connaître du grand public...
PASSI : Koffi est ignoré des médias européens. Mais il a l'appui de la communauté, il remplit le Zénith à lui tout seul, sans promotion des grands médias généralistes. Aujourd'hui il veut s'ouvrir, c'est normal. Je m'étais engagé à le faire chanter sur le Bisso, lui m'avait demandé d'être sur son album. On a mixé hier soir jusqu'à six heures du matin notre duo "Africa Kings".

L'A.: Alors?
P. (rires) : African Kings !

L'A : Sans commentaire. On dit qu'il y a mis toute son énergie, encore plus que d'habitude.
P. : Il veut vraiment se surpasser. Le Bisso a eu de fortes retombées pour lui comme pour moi. Premièrement, il m'a encore appelé pour me dire comment l'album fonctionne en Afrique. Ils sont comme fous là-bas.

L'A. : Si Koffi est présent, il manque quelques artistes de renom
P : J'avais contacté Myriam Makeba et Youssou N'Dour. Pas de réponse de Myriam, Youssou travaillait sur son album. J'ai croisé Myriam en Afrique du Sud lors de la cérémonie qui nous a consacrés meilleur groupe de l'année. C'est sûr, ils seront sur le
prochain s'il y en a un. II y a des thèmes que l'on a pas encore abordé: l'éducation par exemple. On n'a pas encore fait de morceaux reggae ou des musiques d'Afrique du Nord.

L'A. : À quel moment avez-vous senti que le Bisso allait être un succès ?
P : Je l'ai vraiment ressenti sur le premier single. Avant je n'étais pas sûr qu'un tel projet
puisse marcher. Au niveau des grands médias, seulement quelques chanteurs africains fonctionnent. Davantage des tubes de l'été qu'autre chose, le petit côté exotique qui plait toujours. Moi, je ne peux pas faire de morceaux sans sens, je me débrouille toujours
pour parler à la communauté. Je suis très engagé avec Ministère A.M.E.R, je suis comme ça.

L'A : II y a pourtant votre morceau "Le Couloir De La Vie" avec Julie de "Notre Dame
De Paris". Pas vraiment engagé, non ? II est sorti ?

P : II faut qu'il sorte ! C'est un morceau que j'ai fait à côté, il parle d'accouchement. Je tombe sur une fille qui a une voix pareille, j'ai envie d'écrire. Ce morceau c'est pour les femmes, pas pour les scarlas ! Beaucoup peuvent ne pas aimer ou comprendre. C'est une vraie démarche artistique. Si dans une carrière on ne prend pas de risques, on se retrouve bloqué. On fait un projet comme celui-là, un comme le Bisso, après personne ne peut plus nous cibler et on fait ce qu'on veut.

L'A : Et dépasser les frontières du rap pour devenir un artiste à part entière...
P.: Je ne sais même pas si moi je suis reconnu comme artiste ou juste comme rapper ! Une carrière de rapper, c'est plus difficile à gérer, moins long aussi. Nous, ça fait quand même dix ans qu'on est là.

L'A. : Mais trois ans seulement sous les feux des médias non spécialisés. Ceux qui permettent de mener une carrière nationale ou internationale...
P : Avant j'étais dans les magazines underground depuis 1995 je suis sous les projecteurs avec le Ministère A.M.E.R.. Avec le succès tout change, tout s'altère. Les premiers changements je les ai vus à Sarcelles quand mon premier disque est sorti. À ce moment, il faut tenir la route, se tenir prêt. C'est pas facile de tenir un an, alors deux... Je suis déjà tombé, j'aurais pu tout lâcher.

L'A : À ce point ?
P : Des galères personnelles. Tu tombes, à toi de te relever vite. On ne voit pas le travail que cela représente. Je ne dors pas beaucoup, je cours tout le temps. Je bosse. C'est pas facile de tenir un an ou deux. À toi d'avoir toutes les cartes.

L'A. : Avoir toutes les cartes c'est amorcer un nouveau tournant avec le Bisso par exemple ? Une façon de contourner le tassement des ventes, de relancer une carrière solo.
P : Je n'ai pas fait Bisso pour un nouveau boost. C'est vraiment un projet collectif. Le Bisso a subi le tassement des ventes du rap. On serait sorti une année avant, on aurait doublé les ventes. Aujourd'hui, il y a plus de productions, plus d'albums. Sans ce putain de CDR on aurait pu vendre plus...

L'A : Ah, le fameux CDR !
P : C'est le rap qui est le plus touché. Les gens qui achètent Souchon ne vont pas faire de CDR. Quelquefois notre public n'a pas 100 francs. Alors acheter un CDR a 20 balles...

L'A : Est-ce que ce ne sont pas plutôt les affaires qui secouent le rap et les comptes-rendus de la presse généraliste qui risquent de le freiner ?
P : Un peu. Mais rien ne peut empêcher une tornade de tout dévaster. On a un réel savoir faire pour la création artistique et le business. Stomy va arriver, Hamed ensuite. Gyneco, moi et Assia. Djamatik est déjà sorti avec un bon concept, même si l'album ne décolle pas encore. Le disque est fort, j'aurais bien aimé faire un album reggae comme ça avec autant de featurings, d'invites.

L'A: Et au niveau de la voix ?
P: C'est son style d'arriver plein pot. On aime ou non. J'aime ce style ruff, il a un timbre de voix que peu de personnes possèdent. II a raison de le mettre en valeur.
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# Online seit Sonntag, 12. November, 2006 um 12:32

L'union fait la force

Une réappropriation du rap, par les héritiers du continent des griots. Ce que les américains ne pouvaient pas faire, tant ils sont acculturés, les Congolais de Paris l'ont réssi. Bisso Na Bisso ouvre pour le rap une nouvelle voie, en y injectant les accents colorés des dialectes africains et en mariant avec bonheur les thèmes et les phrasés du hip-hop avec les mélodies et les rythmes organiques de la rumba ou du soukouss. Malanga M'Pamba Passi 1er, plus connu sous le nom de Passi, figure tutélaire du rap hexagonal, est donc le fédérateur et l'initiateur de ce projet ambitieux, qu'il présentait jusqu'alors comme de la musique susceptible de faire plaisir à sa maman.

Passi : "C'est vrai que ça a pris une plus grande envergure, mais c'est ça au départ. J'avais le projet de réunir sept rappeurs congolais, pour un morceau sur mon album. Plus ma cousine M'Passi. On a fait ce morceau que j'ai voulu presser en white label pour envoyer au bled. C'est le morceau qui s'appelle "l'union". Vu qu'on est tous dans des structures différentes : Small, Chrysalis, Hostile... il ya tout de suite eu un blocage du business, il fallait tout clarifier. Donc on n'a pas pu le sortir sur "Les tentations", on a pu en mettre qu'un extrait. On voulait envoyer ce morceau au Congo, parce qu'on savait qu'il y avait des tensions, qui entre temps sont devenues des guerres. On voulait envoyer un message là-bas. Parce que si on pouvait changer dix jeunes, dans la tête, en leur montrant que nous, étant d'ethnies différentes, on pouvait se réunir derrière un projet. Dans le pays, ce sont eux qui doivent montrer l'exemple. Il y a aussi le fait qu'on voulait faite un retour vers notre culture d'origine. Dans le rap, on va souvent piocher dans de vieux morceaux de soul, vers l'Amérique, et depuis longtemps on voulait aller pécher vers l'Afrique. C'est une démarche que j'avais depuis longtemps : dans "95200" de Ministère Ämer, on avait voulu faire une titre sur une reprise de Franco. Et je n'ai pas eu les droits pour le faire. Depuis longtemps on voulait faire ça, on avait d'ailleurs pêché chez Manu Dibango dans un de nos premiers morceau du M.A., maais on a eu un retour de bâton assez radical de sa part ! On était des jeunes qui arrivaient, on allait piocher chez un Africain au lieu de taper dans de la soul américaine, et il nous a mis un coup de bâton direct. Ça nous a calmé à l'époque."

Mystik : "J'avais vu Passi à la sortie d'un concert, il m'a présenté ce projet de faire un morceau avec rien que des Congolais. A la base c'était juste pour faire un morceau, et c'est parti comme ça."
2 Bal : "La même chose pour nous. Il a appelé à la maison, personnellement, pour nous parler du truc. Il sentait les choses, il n'a pas appelé bêtement comme ça. Il avait repéré qu'on mettait des petits mots dans nos raps, en congolais. On a tellement kiffé qu'on est parti sur un deuxième morceau."
M'Passi :"Moi je me charge de tout ce qui est un peu chant, il m'arrive de rapper; mais là sur ce disque, j'ai rappé seulement sur un morceau. Je me charge plus du côté mélodieux. Je suivais un peu Passi en studio avec Ministère Amer. Un jour il m'a dit "tiens, je suis en studio avec les 2 Bal et les autres, on est en train d'essayer de faire un truc sur un sample de Koffi Olomide". J'ai dit c'est intéressant ça, je suis passée au studio, je n'étais pas venue pour poser mais Passi m'a dit "essaie de trouver un refrain". J'ai commencé à chanter; et ça m'a tellement plu que j'ai dit "j'y vais à fond". J'ai vécu dix ans en Afrique, au Congo, et j'ai été bercée par ça. Je l'ai dans la peau. Ca me changait de Melgroove. J'avais déjà fait les ch½urs pour des disques de soukouss."
Passi :"Il y avait des bières, à fumer, et moi j'étais derrière la console et je me disais "c'est la joie, là, c'est la fête" ! Il y avait des vannes. Tout ce côte africain : rigolade, chaleur, bordel... Quand on a commencé à avancer: on a eu des propositions de deal, et j'ai préféré signer chez V2, parce que j'étais déjà chez eux, que je réalisais l'album et que j'étais à la base du projet. Mais il n'y a pas de dictature dans Bisso, les idées viennent de partout. On a repris des anciens refrains de morceaux africains sur lesquels on a grandi. On a fait un morceau zouk, salsa, on s'est lachés. L'idée c'est de le faire pour le marché de là-bas, mais on est quand même des rappeurs, et c'est vrai qu'on est assez mis en avant en ce moment, tous, donc c'est un album attendu ici aussi.

Attendu par curiosité, vu le casting de rappeurs connus impliqués, mais le marché hip-hop est-il prêt à s'intéresser en masse à un son radicalement différent de celui dans lequel il est confortablement installé?
Passi :"Oui, il y a des morceaux de rap terribles, come "Après la guerre", rappé par les 2 Bal avec lsmael Lo, où on dit "maintenant il y a la guerre, et après, vous faites quoi ?'" On a essayé de faire en fonction des humeurs et des vibes, il y a des morceaux plus fête, et d'autres plus militants. On a fait un morceau plus rumba, dans le style de nos parents. C'est clair que cet album, on va avant tout le faire passer chez nous, et ils vont être contents."
2 Bal : "Nos parents sont fiers de ce qu'on fait, mais ils le réalisaient surtout par rapport aux gens qui leur parlaient de nous, ou quand ils nous voyaient à la télé. Mais là, on vient avec un truc qu'ils peuvent comprendre. Ils savent depuis le début. Ils attendent. On est congolais, mais on a aussi invité Jacob Desvarieux et Tanya St Val. Ils sont antillais, mais ils ont kiffé."
Benji : "C'est là diaspora."
2 Bal : "C'est pour tout le monde. On sera contents quand il y aura un Bisso Na Bisso sénégalais. Tant qu'on l'aura fait avant ! On n'a pas fait le truc pour le hip-hop. Mais ils vont être étonnés. On va plus loin que le rap."
Benji : "On a voulu faire un retour aux sources par rapport à ce que nos parents nous ont fait écouter comme musique. Nous, la musique qu'on maitrise, c'est le hip-hop, le reggae et ce qui tourne autour. Maintenant, si les gens du hip-hop ne comprennent pas !" Mystik : "Dans le milieu rap, ils ont tous des origines, il y a deja beaucoup de Congolais et de Zaïrois, donc il ne vont pas l'écouter comme un album rap. C'est une pierre nouvelle qu'on apporte."
2 Bal : "Mais ça rappe quand même dedans."

Le produit conçu et réalisé, on en vient à se demander comment le faire passer là-bas ? Par quelles structures ?
Passi : "On va passer par un pirate. On va lui livrer des photos, pour qu'il y ait des bonnes images, du bon son, et il va arroser le marché. Mon album tourne là-bas en pirate. Ce n'est pas V2 qui l'a fait! Au lieu que ça tourne en pirate mais fait salement, on va tout leur donner pour qu'ils fassent un truc propre. Un bon pirate, qui fait tout bien, pour
que ça puisse engrener des esprits au Congo, qu'ils puissent se dire "c'est des jeunes congolais qui marchent en France et qui ont fait un truc en pensant au pays. Pour montrer qu'on n'oublie jamais. C'est un retour vers les racines, pour faire danser les gens de chez nous. C'est le bordel en ce moment dans l'ex-Zaïre et au Congo, on veut leur faire lever la tête."

Pour qui est accoutumé à se poser sur des beats usinés par des MPC, on imagine que se poser sur d'autres rythmes, plus organiques, n'a pas été sans travail.
Passi : "Cest plus aéré, ensoleillé. Lino s'est lâché, il est parti dans des phrasés ragga. Il est parti en Zouk !"
Lino : "C'est là où est le challenge : tous, on a toujours bossé sur des beats rap, et ce qu'on a kiffé, c'est de rentrer dans des délires différents. Si t'écoutes nos albums respectifs, ça n'a rien à voir. On est rentrés dedans, on s'est adaptés à tous les beats qu'il y avait."
Passi : "Il y a un morceau sur la sorcellerie, Calbo arrive comme le "Grand Sorcier Wandou", il prend une grosse voix. Moi je viens pour faire la "reine des mers"..."
Mystik : "Dans Bisso, on se lâche un peu plus. Dans Bisso, Mystik, c'est pas Mystik ! 2 Bal, c'est pas 2 Bal... Quand on se voit, on se raconte les blagues du pays, les histoires du pays, ça n'a rien à voir avec ce qu'on fait individuellement. Les musiques, c'est le kiff du bled."
2 Bal : "Quoi qu'il arrive, dans Bisso, c'est des trucs vrais, il n'y a aucun truc qui est mal senti. On a grandi avec de la musique africaine, ou du reggae. Dans le Bisso, on est des Congolais, mais on est conscients qu'on est des Congolais vivant en France, on lutte par rapport aux Africains en France, on est conscients qu'on vient de là-bas. On n'est pas là pour prouver qu'on est des renois. On est là pour poser le truc comme on est. On est des négros du bitume."
Mystik : "En fait, tout l'album, c'est un grand délire de Congolais. Mais comme on n'a pas écouté que ça, il y a aussi du rap, du soukouss, toutes les musiques qu'on a réunies et qu'on ne pouvait pas faire, chacun, dans notre carrière solo. Pour nous tous, Bisso, c'est l'occasion de partager nos racines congolaises."
2 Bal : "C'est vraiment un développement du rap, une autre branche, que personne n'a fait. Les gens vont être réceptifs, le peu de gens qui ont écouté déjà, ils y ont cru, ils ont believe."

La reconnaissance en France acquise, il manquait peut-être aux membres du Bisso cette reconnaissance du continent père. Pas une reconnaissance basée sur les nouvelles qui transitent de l'occident jusqu'au pays, mais bien un respect et une popularité nés de la pratique d'un idiome musical qui en appelle au tréfonds de leur âme africaine.
Passi : "La musique africaine, ce sont des disques qui sont beaucoup piratés. Il y a des artistes qui vendent 40 ou 50000 albums ici, mais on ne se rend pas compte du réel impact qu'ils ont. Ces disques, en Afrique, tu les retrouves sur tous les marchés. Avec Bisso, il faut qu'on soit disque d'or."
Lino : "Franchement, je dirais même plus. Platine, facile."
2 Bal : "Ce n'est pas un complexe. Ce n'est pas une question de savoir si on est des vrais Africains. Nous, dans notre premier album, il y avait des mots qui montraient qu'on vient de là. Passi aussi, dans le Ministère, il employait des mots pour montrer d'où il vient." Mystik : "Dans le milieu congolais, Zaïrois, on se connaît tous. Ils savent déjà qui on est là-bas. Passi, il est super connu au pays, il savent que c'est un rappeur. Et que c'est le cousin de truc. Mais ils connaissent peut-être sans avoir écouté. Maintenant, avec Bisso, c'est un truc qui va aller jusqu'à eux."
2 Bal : "Bisso c'est international, on ne s'est pas dit "on va niquer tout dans tous les quartiers", puisqu'on le fait déjà avec le rap. Bisso, c'est pour que tous les Noirs soient concernés, les noirs des States... tout le monde doit s'y intéresser"

Mais comment organiser un groupe aux individualités aussi... débordantes ?
Passi : "Par rapport aux goûts. Certains aimaient mieux tels sons. On s'est constitué en tant que groupe, pour qu'il n'y ait pas de problèmes d'auteurs etc... Quand il y en a deux ou trois du Bisso qui rappent, ça représente tout le monde. On a mis une propreté à un certain niveau, et après on est huit, avec cinq carrières, donc on a géré en fonction de tout le monde, pour ne pas bloquer personne."
Lino : "Bisso c'est un vrai groupe. Secteur Ä c'est un collectif, mais Bisso c'est un groupe."
Benji : "C'est un peu au feeling. Il y a une musique qui est là, chacun se pose comme il le sent. Les Mapassa apportent une instru... Mais il y a des thèmes qui nécessitent que chacun donne soit avis sur le sujet."
2 Bal :"Chacun à ses années d'expérience par rapport à ça, dès qu'on entend un truc, on sait où on va aller. Dans Bisso on n'a pas menti, on a tous grandi avec ça, donc quand il y a un sample de musique africaine, on part tous dessus."
Mystik : "On ne détermine pas d'avance, on est tous là à s'envoyer des vannes, il y en a un qui part en lari, et tous on enchaine."
Benji : "Même une musique sans paroles, elle te parle un peu. L'instru dégage une atmosphère en elle-même, et le thème vient comme ça."
2 Bal : "On était même obligé de mettre un vigile, devant la porte du studio, parce que tout le monde était attiré par la musique!"

Cette musique, justement... On y reconnaît immédiatement les mélodies simples et addictives de cette musique africaine trop souvent enfermée ici dans un ghetto, puisque jamais diffusée sur les radios et télés sauf dans les cases étroites des émissions "pour les DOM/TOM" !
Passi : "Il y a du sample. Et des gens qui jouent. On a pris des tueurs : JeanMichel Alibo pour les basses, Jacob Desvarieux pour les guitares du morceau zouk... Aux percussions, un ancien Wailers. Ils sont tous hyper contents, ils m'appellent encore pour suivre le projet."
Lino : "La ncrème, on a."
Passi : "On voulait avoir ces personnes là. Parce que nous, en rap, on s'y connaît, mais pour faire ces mélodies africaines, il fallait les meilleurs. Kofi Olomidé...."
Lino : "C'est des gens qu'on kiffent, on les avait en skeuds chez nous. On réalisait un rêve, quelque part."

Les rivalités, voire les guerres entre les différentes ethnies empoisonnent le quotidien de l'Afrique depuis des siècles. Ce frein au développement. Bisso Na Bisso le déserre en réunissant dans un projet commun des représentants des différentes ethnies du Congo...
Mystik : "Au pays, la langue nationale, c'est le lingala. Benji est de la même ethnie que moi, on parle en Lari. Le lingala, c'est comme le français ici, pour les Bretons ou les Corses. Ceux qui sont là-bas, ils ressentent plus les histoires d'ethnies. Ils sont impliqués dans la politique de là-bas, la centarlisation, la localisation. Nous ici, en France, on n'a pas de problème tribal, pas de problème d'ethnie. On est tous Congolais. Ca nous regroupe."
2 Bal : "On n'a pas cet esprit-là, on a l'esprit de négros vivant en France."
Mystik : "C'est ça la force du truc : d'envoyer la musique du Bisso là-bas pour montrer que nous, là où on est, on peut s'entendre..."
Benji : "C'est un peu le but de la manoeuvre, de dire à ceux qui sont là-bas de raisonner un peu comme nous. De comprendre qu'on vient tous du mème bateau, que les ethnies ont les mêmes racines."
Mystik : "Le projet tombe parfaitement bien par rapport à ce qui se passe là-bas. Eux sont en train de se battre parce que l'occident y a foutu la merde. Nous, ici, on sait ce qui se passe là-bas, mais on arrive quand même à s'unir avec un projet qui concerne autant ceux qui sont là-bas que ceux qui sont ici."
Benji : "On a un morceau qui sappelle "L'union", et c'est le rassemblement du peuple congolais. C'est simple."
Mystik : "A travers notre projet, on va peut-être inspirer ceux qui sont la-bas. Il faut que les artistes congolais ne soient pas piégés par la politique, et dépassent les histoires ethniques, pour réussir à unir le peuple, parce que le peuple, c'est la force du Congo." Passi : "Il y a plusieurs ethnies dans le Bisso, mais entre nous il y a juste des vannes. C'est au pays qu'il y a des guerres d'ethnies. En France, déjà, tu es un étranger, alors quand tu vois un autre Congolais, qu'il soit du sud ou du nord, tu vas pas te prendre la tête avec lui. On parle plusieurs langues entre nous, le lingala, le Lari, le munukutuba... Il y en a qui en parlent une, deux ou trois, ou pas du tout. Le munukutuba, c'est ma langue maternelle, le lingala je ne le parle pas parce que je suis arrivé petit, donc j'ai perdu, mais je le comprends. Tout ça, ça fait des apports, des sosouvenirs des uns et des autres."

Une addition d'origines qui aboutit à une négation de la censure éventuelle...
Benji : "Qu'est-ce qu'ils peuvent faire ? Puisque chez Bisso, il y a aussi des gens de leur ethnie ! Ils vont passer le disque et les gens seront contents. La force, c'est justement qu'ils vont jouer le truc à l'est, au sud, au nord, à l'ouest... Ça va réunifier tout ça. La musique n'a pas de frontière...
Mystik : "Elle n'a pas besoin de visa."

Par contre, visas et arrangements seront nécessaires pour amener le Bisso à enflammer les scènes locales...
Benji : "On ne peut pas s'appeler Bisso na Bisso, parler de l'union de tous les Congolais, et ne pas aller jouer là-bas. C'est sûr, on va y aller. Tout est possible, si on le veut."
Mystik : "II faut qu'on joue pour le peuple."
Passi : "On est en train d'essayer de monter un grand concert sur Paris. On voulait tourner en Afrique avant, mais on va faire l'inverse, montrer aux gens ce que c'est, puisqu'on habite ici, avant d'aller à la conquête de l'Afrique. Tout ça au début de l'année prochaine. Ca va être dur le système africain est très... élastique, en ce qui concerne la production de concerts. Au Sénégal, ça va, mais il y a d'autres pays où c'est plus chaud. Pour des problèmes de structures, de politique etc..."

Épisodique, par la force des choses, Bisso Na Bisso sera pourtant un projet à long terme...
Passi : "On a plein de morceaux qu'on n'a pas pu faire. On a tous nos carrières, des albums à faire, moi j'ai le Ministère, des trucs à droite à gauche. Mais je sais qu'on kiffera toujours de se retrouver ensemble en studio."
Lino : "On se lâche, il y a des souvenirs d'enfance, du bon son, on rigole, on fume, on boit..."

Il est en même temps un moyen évident de rapprocher les générations, au moins celles des musiques africaines d'aujourd'hui.
Passi : "Nous on a aussi fait nos preuves de notre côté. Si on n'avait pas été connus, ils ne seraient peut-être pas rentrés dans le moule comme ça. Je pense qu'ils ne sont pas décus parce qu'on n'a pas joué les rappeurs imbus de nos personnes, genre je connais tout etc... Ils sont ventus, on leur a explique le concept, on les a fait poser dans la vibe, ils étaient assis au milieu de nous tous, c'était tranquille, bonne ambiance. Il y a une joie qu'on a mise sur les bandes."
Mystik : "T'imagines ? Cest des gars avec qui on a grandi. C'est comme un Français qui ferait lui morceau avec... Johnny. Ou Aznavour, ou Pierre Perret ! Nos parents, ils n'ont ecouté que ça :Kofi Olonlide, Papa Wemba..."
Benji : "C'est aussi des gens qu'on a samplés dans Bisso, et Dieu merci ils sont encore en vie ! Et on a la possibilité de les contacter. Ils écoutent le projet et ça les intéresse. Ils répondent à l'invitation."
Mystik : "Ils entendent leur musique avec du rap dessus, ils kiffent. Il n'y a pas de hiérarchie de génération, on fait notre truc, eux font le leur, on ne le fait pas pour faire mieux qu'eux, on sollicite leur travail..."
Benji : "Nous on s'ouvre à la musique africaine, et eux s'ouvrent au rap. C'est une fusion, un bon mélange. Quand un gars comme Kofi est venu au studio, qu'il a écouté un morceau rap qui tournait sur une boucle à lui, il s'est dit "c'est chelou", mais il kiffait, il avait le sourire. C'est un truc nouveau. Et puis on les a appelés pour des morceaux sérieux, pas pour des thèmes bidons."
Mystik : "Il y a un message, ça n'est pas que la fête. Il y a un morceau comme "Le cul entre deux chaises", ça dit qu'on est tous venus ici parce que nos parents voulaient nous offrir un avenir pseudo meilleur. On s'est rendu compte que ça n'était pas forcement ça, donc on s'est réadapté. Ici on sait comment ça se passe, et quand on rentre au pays, on est aussi différents. Il y a aussi "Liberté", une reprise de Franklin Boukaka, un chanteur congolais tué pour des histoires politiques. On a donc tenu à reprendre son morceau, pour l'unité de toute l'Afrique, qu'il prônait. C'est un long freestyle, avec Lokua Kanza, Papa Wemba, Kofi Olomidé, Monique Seka, lsmael Lo, Tanya St Val, c'est fort !"

Pour des artistes reconnus ici, intégrés dans un phénomène culturel qu'on pourrait rattacher à la grande offensive de lavage de cerveau américaine (Coca, McDo ci Puff Daddy !), la revendication d'une identité est un acte politique. Politiques sont les photos du Bisso parties le mois dernier dans ce magazine, en boubous et pagnes...
Benji : "On a dit qu'on faisait un retour aux sources. A l'époque, au pays, c'est comme ça qu'on était vêtus."
2 Bal : "On a ce qu'il faut dans Bisso, on a un grand sapeur : Mystik, pour les soirées : Benji, pour les coupes : on a Passi..."
Mystik : "Pour le côté vraiment tribal, les 2 Bal..."
Benji : "s'installent..."
Mystik : "Et pour l'alcool, on a Ärsenik !"
Calbo : "On va faire des polos Lacoste en pagne"
Passi :"On va développer ça. mais pas dénigrer non plus nos façons de s'habiller tous les jours. On va mélanger le côté boubou et pour Ärsenik le Lacoste, pour moi le Reebok, mélanger les deux parce qu'on est le résultat de ces deux cultures-là. On ne va pas se mettre en boubou tous les jours, parce ce que ceux qui le font en Afrique tous les jours diront « vous mentez !"."
M'Passi : "On est tous jeunes, on a un certain look. Porter le Pagne, c'est pas mon truc."

M'Passi, seul élément féminin, apporte dans cet ouragan un peu de stabilité...
Mystik : « la tantine du groupe ».
2 Bal : "Elle apporte le côté féminin."
Benji : "Quand on écoute un morceau, elle sait ce qui manque par rapport aux voix, parce que elle aussi elle a écouté ça, depuis toute petite. Donc elle sent les choeurs."
2 Bal : "Elle est déjà dans la mélodie avec Mel Groove. Dans Bisso chacun vient d'horizons différents, et apporte quelque chose."
M'Passi :"C'est dur dess fois, ils sont tellement turbulents, à part Mystik, qui est calme. Mais les autres, pour les tenir ! Mais ça va, ils sont tranquilles. Ils sont tous à s'occuper de moi."

Bisso Na Bisso n'est pas pour autant un conglomérat a géométrie variable...
Passi : « On pourrait rajouter 50 000 Congolais qui rappent, mais après ça, ça dénature le truc. Il vaut mieux qu'il y ait trois personnes du Bisso à chaque fois, sur les huit de base, plutôt qu'on se retrouve a quinze. Si un jour on se retrouve a faire un truc pour Bisso à trois, on le fait pour le groupe. On est parti à l'aventure, c'est une belle histoire. C'est un peu magique, ça s'est fait comme ça. Après, si tu cherches à rajouter des étoiles, des guirlandes... »
Lino : "S'il y a d'autres gens. ce sera juste des invités, c'est tout"
Mystik : "Pour être membre ? Il faut ramener une photo et un CV ! Une carte d'identité congolaise!"
2 Bal : "Il y a des artistes qui m'ont appelé, qui voulaient venir. Mais c'est Passi qui nous à réunis avant tout."
Benji : "On est là, on sait qu'on se complète, pour l'instant c'est suffisant. Si Passi nous a appelés, c'est qu'il voyait ce que ça allait donner. Il y a d'autres gens qui nous ont fait des propositions, mais on n'a pas répondu positivement. Parce qu'il a senti que ces personnes ne pouvaient pas apporter grand chose au groupe."
Mystik : « On arrive au studio, il n'ya plus d'individualité. On n'est plus 2 Bal, Mystik, etc..."
2 Bal : « On n'est pas groupies entre nous. On ne se demande pas « qu'est-ce que tu fais, c'est quand ton album?" etc... On est Bisso a fond. Bisso, c'est un groupe. De huit personnes."
Benji : "C'est pas 2 Bal + Benji + Arsenik... c'est Bisso."
L'union fait la force

# Online seit Sonntag, 12. November, 2006 um 12:17

Bisso Na Bisso

Bisso Na Bisso
Le Bisso invite l'Afrique pour un disque unique. Quand Passi et son gang kidnappent la rumba, le rap ne s'en va pas. Bisso ? L'apothéose afro !

Hold up pacifique à la banque des sons africains : le groupe Bisso Na Bisso vient de détourner le patrimoine musical du continent premier pour le rendre au peuple des banlieues d'ici. Une saga dont le cerveau est Passi, leader du Bisso, pilier du Ministère A.M.E.R. ("Sacrifice De Poulet", vous vous souvenez ?) et artiste solo consacré par les masses. Une saga qui débuta avec le bref extrait de "LUnion" sur "Les Tentations" de Passi et se concrétise aujourd'hui avec "Racines", un album brillant qui invite le gotha de la chanson cainfri. Le concept de Bisso Na Bisso ? Une affaire de famille, entre Congolais. Les huit membres du collectif (dont le nom signifie "entre nous" en Lingala) ont tous un blaze déjà installé dans le rap : Passi qu'on ne présente plus, sa cousine M'Passi de Melgroove, les jumeaux D.O.C. et G Kill (2Bal), Lino et Calbo (Arsenik), Ben-J des Nèg'Marrons et Mystik. Une combinaison terrible, des personnalités hors du commun, un projet pharaonique. En ce jeudi de janvier, le groupe au grand complet est attendu dans les bureaux de V2 Music à quatorze heures pile (rires, comme on dit pour épicer les articles). Passi est là avec M'Passi, et comme on le verra le reste des troupes va arriver au fur et à mesure, sauf G Kill, porté disparu. Micro, magnéto, go.



L'AFFICHE : Le Ministère A.M.E.R., une carrière solo et maintenant le Bisso : ça fait beaucoup pour un seul homme, non ?
PASSI : Bisso avait commencé même avant mon album solo, il y a un morceau qui date de novembre 96, "C.O.N.G.O.". Je faisais mon album d'un côté et Bisso de l'autre.
On se retrouvait entre Congolais au studio et le groupe s'est monté comme ça, l'envie est venue.

L'A : Après l'envie, il faut aussi les moyens. Ton poids dans le biz a-t-il été déterminant ?
P.: C'est sûr qu'étant le plus connu du lot ça m'a donné la possibilité d'avoir tous les guests de l'album. M'Passi était aussi connue (la cousine de Passi est membre de Melgroove, NDR), Ärsenik faisait du bruit. Ça a aidé parce que souvent les chanteurs africains n'aiment pas trop le rap, mais là ils savaient qu'ils ne venaient pas chez des jeunes qui faisaient n'importe quoi. Ils savaient qu'il y avait déjà un minimum derrière.

L'A : Il y a eu beaucoup de tractations juridiques, j'imagine ?
P. : C'est ce qui a été le plus dur. On a fait quatre séries de maquettes en 96, 97 et 98, pendant ce temps-là ça se déblayait au niveau business. C'est ce qui a pris le plus de temps.

L'A.: Pourquoi un groupe strictement congolais et pas africain au sens large ?
P. : On a d'abord vu avec les Congolais du Secteur A, puis les 2 Bal et Mystik sont venus se greffer dessus. M'Passi était là pour les choeurs féminins, c'est la famille, elle a grandi comme nous au Congo et à Sarcelles, mêmes vibes ! On est à la maison, il fallait ça au niveau de la structure interne. Après on s'est dit que ça serait dommage de ne pas faire participer des artistes d'autres pays d'Afrique.

L'A : Vous n'avez pas peur de tomber dans une idéalisation de l'Afrique façon image d'Epinal ?
P. : Tu veux dire comme les Américains, le clip de Janet Jackson et tout ça ? Je ne suis pas comme ça, nous on vient de là-bas. Les Ricains sont plus déracinés que nous, nous on parle nos dialectes.
M'PASSI : On a vécu là-bas...
P.: On a des parents en commun, quand on va chez les frères et soeurs c'est Zaiko à fond la caisse ! On n'avait pas à regarder les livres et les films pour savoir de quoi on parlait. On savait que ça allait être direct, authentique.

L'A. : Tu t'étais déjà essayé aux rythmes africains ?
P.: Sur "95200" (le second album de Ministère A.M.E.R., NDR) j'avais fait une adaptation de "Marin" dont je n'ai pas obtenu les droits...

L'A.: "Marin" du grand maître Franco ? C'est une chanson magnifique !
P. : Et ma version déchirait, mais ce genre de patrimoine est protégé, ça appartient à des éditeurs.

L'A : Tu n'avais pas eu plus de chance avec Manu Dibango, que tu as samplé il y a longtemps...
P.: Ah oui, ça n'avait pas bien marché avec lui. On s'était dit - avec notre esprit militant - qu'on allait piocher dans les musiques qui viennent d'Afrique et donner du copyright aux Anciens, mais c'est pas si facile. Avec Manu on avait samplé des trucs à lui dès le premier maxi du Ministère sur "Le Droit Chemin" mais il nous a mis un retour de bâton.

L'A : Et sur l'album du Bisso, vous avez samplé ?
P. : On a aussi des samples, des boucles de Koffi, de Pamelo Mounka ("L'Argent Appelle L'Argent", NDR), des refrains... Ce qui est nouveau pour moi c'est qu'on a fait rejouer des samples grillés en les modifiant pour qu'il n'y ait pas tous ces problèmes qu'on a eu dans le passé.

L'A.: Les lignes de basse de Michel Alibo sur l'album sont terribles...
P. : Heureusement qu'on l'a eu ! Merci, Michel ! Ses basses sont fat.

L'A. : Et pour celui qui se fait appeler Le Grand Libanais, Koffi Olomide, ça a été difficile de l'avoir ?
P. : Tu sais quoi ? J'étais chaud depuis le début. Je l'avais cité dans "Le Monde Est À Moi", il m'a fait monter sur la scène du Zénith pour son concert... II a été dur à avoir mais hyper carré. II a posé sur "Liberté".

(Doc des 2Bal arrive, accompagne de quelques amis)
D.O.C. : M'boté ! Ça va Passi ?
P. : Etre en retard, c'est naze !
D.O.C. : Désolé, j'ai eu un contretemps. C'est l'interview de L'Affiche ?

L'A. : On dirait ! Au fait Passi, tu te considères comme le chef du Bisso ?
P. : Je suis le plus connu mais artistiquement il y a un apport de tout le monde. Au niveau de l'engrainage j'ai engrainé beaucoup ! (rires) J'ai réalisé le truc OK, j'étais à la base du projet mais sans eux je n'aurais pas pu le faire. Les auteurs c'est le groupe en entier sur chaque morceau, même si tous les huit n'apparaissent pas partout. On a essayé la démocratie pour les droits d'auteur.

L'A. : Dans le titre "Le Cul Entre Deux Chaises", on entend à la fois "on s'est dit qu'c'est là-bas qu'on vieillira" et "faudrait brûler tous ceux qui disent "vas-y, rentre chez toi" ". Quel paradoxe...
P. : Il y a plusieurs points de vue dans le morceau. Dans la chanson Mystik est au bled, il dit qu'il veut arrêter de mettre des pagnes et aller à Paris. Lino est ici et dit que c'est la merde, qu'il veut rentrer chez lui. Et moi j'arrive et je dis que là-bas ou ici je ne suis pas chez moi. Parce que chez moi c'est chez eux. En Afrique c'est "eux" qui maquent alors du coup, je prends partout le droit d'être chez moi. Je ne vais pas m'arrêter à la France ou au Congo, je vais au-delà.

L'A. : On entend aussi « droite, gauche, quelque soit l'choix c'est l'impasse »...
P. : En politique les mecs sont trop à l'ouest, ils ne comprennent pas la mentalité des banlieues. Parmi tous ceux que tu vois en cravate aux élections, il n'y en a aucun qui... - je ne vais pas dire comme les zoulous "qui te représente" - qui te... parle, te comprend.
D.O.C. : Moi je dis que la conclusion de tout ça c'est que ça remonte à loin. S'il y a des banlieues en crise c'est parce que ça les arrange.

L'A. : Vous avez pu enregistrer des choses au Congo même ?
P. : Non, en exil. Le seul qui soit au Congo est dans le maquis, c'est Tony Truand, le troisième Ärsenik. Il y est depuis un moment, Calbo et Lino ont une force cachée au Congo ! (II se fait grave, NDR) C'est la guerre là-bas, on a eu des nouvelles de lui par un cousin des 2Bal.
D.O.C. : Quand on commençait Bisso, comme par hasard la guerre éclatait. On a fait "L'Union" juste avant que la guerre n'explose.
P. : ... Et on y disait que peu importe l'ethnie qui gouverne, l'important est un pays fort et uni. C'était le message, et deux mois après, la guerre.
D.O.C. : Plus l'album avançait, plus il y avait de morts.
M'PASSI : Dans Bisso on est tous de différentes ethnies et pourtant on travaille ensemble.
D.O.C. : Euh, si tu regardes bien on est tous du sud, un peu ! (rires) Mais sérieux : le président est du nord et tue les mecs du sud, vraiment. II ne peut pas payer les soldats, y'a pas de gen-ar alors il leur dit "servez-vous" et ils pillent, aidés par des Tutsis et des Angolais. Je te le dis franchement : par rapport aux nouvelles qu'on a c'est pire qu'au début.
P. : Le Congo c'est pouvoir fric et pétrole, comme tout le temps. L'Afrique a été découpée sans le respect des ethnies. En Afrique on n'a plus besoin de faire la guerre ou de verser le sang (Lino, Ben-J et Mystik deboulent, à l'heure africaine comme on dit, NDR).
D.O.C. : On était obligés de parler de ça, on ne pouvait pas parler du Congo ensoleillé et paradisiaque.

L'A : Sur l'album du Bisso les flows sont changés, zoukés, ralentis...
D.O.C. : Si tu fais attention aux combinaisons, c'est rare que tu trouves deux fois les mêmes ensemble. On fait bien les choses !

L'A : Mystik pose sur le nouveau maxi réalisé par White & Spirit, "16'30 Contre La Censure". On y entend notamment Ménélik réagir face à l'unanimité dont bénéficie un groupe comme NTM au sein de la communauté rap...
P. : Avec le Ministère on avait dit ce qu'on en pensait ! Mais tout travail mérite salaire. Les gens qui bossent ont ce qu'ils méritent, après y'a les goûts et les couleurs. Ceux qui bossent sont plus intelligents que les autres, ou alors ils ont trouvé le vice ou le biz plus rapidement, ils n'ont qu'à manger. Ceux qui sont en retard sont en retard.

L'A. : Le Ministère est un groupe sulfureux, Bisso sera-t-il un groupe consensuel ?
P. : Les sons sont différents, y'en a qui ne vont pas aimer, qui ne kiffent pas la musique africaine, mais il y en a pour tout le monde. On l'a fait, on a kiffé.

L'A. : Ça a coûté cher ?
P. : Oui. Je pense qu'autour du disque d'or (100.000 albums vendus, NDR) on sera bien. II y a les invités, on a mixé avec un Ricain à Los Angeles... (Calbo arrive, NDR) Calbo ! T'arrives en retard comme ça ? Viens répondre !
CALBO (sourire narquois, se penchant vers le micro en prenant une grosse voix grave, NDR) : Quand je suis dans Bisso c'est plus Calbo, je deviens le Grand Sorcier Wandou !

L'A. : Et toi Lino, tu es devenu Lino Leskro et tu poses sur des sons zouk..
LINO : Ah t'as vu, là c'est spécial ! Sur des musiques afro on est parti en couilles, carrément. J'suis un rapper, un rapper se pose partout. Même en bossa nova, en reggae, je peux té-chan, pas de problème. Je suis tous terrains.

L'A. : "2ème Bureau" (le surnom d'une maitresse en Afrique, NDR), c'est une idée de qui ?
MYSTIK : Bisso c'est Bisso, on a eu l'idée ensemble.
D.O.C. : Ça dépend, ta question elle est à double tranchant ! (rires) L'idée du thème est venue après le refrain qui est celui d'une vieille chanson qu'on connaissait quand on était petits et on l'a refait à notre sauce.
CALBO : C'est une chanson dans laquelle beaucoup se reconnaîtront.

L'A. : Le texte d"'Après La Guerre" a-t-il été facile à écrire ?
P. : On savait depuis le début qu'on devait faire un morceau sur la guerre mais on le repoussait. On devait aussi faire une chanson sur le foot mais le Mondial nous a dépassé...
CALBO : Youssou N'Dour aussi nous a dépassé, avec Axelle Red !

L'A. : Puisqu'on évoque "La Cour Des Grands", Passi, j'ai entendu qu'il y avait une première version du titre avec Youssou et toi...
P. : Ouais, mais elle n'est pas sortie.

L'A. : Tu sais pourquoi ?
P. : Oui mais bon... Ça fait partie des voies obscures du biz.

L'A. : Vous trouvez le temps de tout faire, vous qui avez tous des agendas surbookés ?
BEN-J : C'est une question de planning, il faut être bien organisé.

L'A. : Tu l'es ?
BEN-J : J'essaie, on a des structures pour ça. On essaie d'être à l'heure au maximum mais bon... On s'en sort. L'album de "Première Classe" sera là un peu après le printemps. On attend l'effet Bisso.

L'A. : Vous allez faire un clip ?
P : Oui, on va le faire en Côte D'Ivoire avec un Cainri sur le titre "Bisso Na Bisso". On essaie d'avoir l'image brillante américaine avec l'Afrique.


L'A. : Et vous prévoyez quoi pour le piratage de l'album à l'africaine ?
P : C'est en train de se voir.
CALBO : Qu'on le veuille ou non, ça se fera.
P. : Mais au moins si t'es derrière, la qualité est meilleure.
D.O.C. : Koffi (Olomidé, NDR) il a rien compris, c'est ce qu'il devrait faire ! On recopie ses cassettes même au Bengladesh.

L'A. : L'album "Racines", vous le voyez aller jusqu'où ?
D.O.C. : Ce qu'il faut bien dire aux gens c'est que ça n'est pas un album de rap. On est des rappers mais c'est un album international de world music. On l'a pas fait pour les maisons de quartier !
MYSTIK : T'es fou, Bisso c'est obligé que ça aille loin. C'est trop rare, c'est comme un noir au ski ! C'est obligé de marcher.

L'A. : L'état du rap français en 1999, vous en pensez quoi ?
P : Le niveau a beaucoup évolué mais maintenant ça commence à se ressembler. II faut faire différent. Trop de rappers mentent, il faut juste être vrai.

L'A. : Ça veut dire que si l'inspiration n'est pas là, il n'y aura pas de nouvel album signé Ministère A.M.E.R. ?
P. (bouillant) : Mais si il y en aura un ! T'es ouf, on est des malades. Il arrive. Avant et après les grandes vacances il y aura du Ministère sur les ondes.

L'A. : Une tournée Bisso Na Bisso, c'est impossible ?
P. : On est en train de voir pour une date unique au Zénith à Paris, mais une tournée non. Sur tous les artistes du groupe il y a des machines en route et ça bloquerait trop de machines.

L'A. : Pour conclure, vous attendez quoi de ce disque ?
P. : Que les gens làffent, qu'ils écoutent, qu'ils dansent, qu'ils réfléchissent.
M'PASSI : Et qu'ils se rappellent.
P.: Les Congolais d'abord, les Africains ensuite, que les Français découvrent aussi et que la démarche militante qui va avec soit perçue. Après il peut y avoir des prises de tête mais l'album est fait, advienne ce qu'il advienne.
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# Online seit Sonntag, 12. November, 2006 um 04:51

Bisso Na Bisso

Bisso Na Bisso
Collectif de rappeurs congolais réunissant :

Passi - Ärsenik - Mystik - Benji -M'Passi et les 2 BAL

Album : Racines

Ou comment fusionner musiques traditionnelles africaines et rap en France !
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# Online seit Sonntag, 12. November, 2006 um 04:32

Maxi ""La magie du tiroir"

Maxi annonçant la sortie de l'album "3 fois + efficace"

01 - La magie du tiroir (radio version)
02 - Labyrinthe
03 - Où etsmon gang ? (bonus track)
Maxi ""La magie du tiroir"

# Online seit Sonntag, 12. November, 2006 um 04:30