SIX MOIS APRÈS LEUR TRIOMPHE AU ZÉNITH ET LEUR DISQUE D'OR, LES RAPPERS DE BISSO NA BISSO SORTENT L'ALBUM LIVE. DISCUSSION AVEC PASSI, INITIATEUR DU BISSO ET FIGURE DE PROUE DU RAP D'ICI.
Bisso Na Bisso, un projet ambitieux, une première dans le rap. Pour la première fois, l'afrocentrisme triomphe sur les ondes. Mais c'est surtout le succès de huit personnalités. À l'origine du projet, Passi. En 1996, quand celui-ci enregistre son premier album "Les Tentations", il est déjà en possession de quelques morceaux du Bisso avec l'idée de sortir l'album du collectif rapidement. Mais des raisons juridiques l'en empêchent. II mettra sur "Les Tentations" juste un extrait de "L'Union". Quelques secondes pour annoncer ce qui allait quelques mois plus tard valoir au Bisso le prix du meilleur groupe africain aux Kora Awards devant Nelson Mandela. Belle réussite pour le groupe, succès personnel pour Passi qui a su s'imposer à la fois comme artiste et initiateur de projet. Pour la sortie du live enregistré au Zénith, L'Affiche fait un tour d'horizon. Une heure pour évoquer le Bisso, Koffi Olomide, le tassement des ventes et les "putains de CDR". Micro ouvert à Passi en solo.
L'AFFICHE : Le Bisso a été une ouverture pour certains artistes africains comme Koffi Olomide, une possibilité de se faire connaître du grand public...
PASSI : Koffi est ignoré des médias européens. Mais il a l'appui de la communauté, il remplit le Zénith à lui tout seul, sans promotion des grands médias généralistes. Aujourd'hui il veut s'ouvrir, c'est normal. Je m'étais engagé à le faire chanter sur le Bisso, lui m'avait demandé d'être sur son album. On a mixé hier soir jusqu'à six heures du matin notre duo "Africa Kings".
L'A.: Alors?
P. (rires) : African Kings !
L'A : Sans commentaire. On dit qu'il y a mis toute son énergie, encore plus que d'habitude.
P. : Il veut vraiment se surpasser. Le Bisso a eu de fortes retombées pour lui comme pour moi. Premièrement, il m'a encore appelé pour me dire comment l'album fonctionne en Afrique. Ils sont comme fous là-bas.
L'A. : Si Koffi est présent, il manque quelques artistes de renom
P : J'avais contacté Myriam Makeba et Youssou N'Dour. Pas de réponse de Myriam, Youssou travaillait sur son album. J'ai croisé Myriam en Afrique du Sud lors de la cérémonie qui nous a consacrés meilleur groupe de l'année. C'est sûr, ils seront sur le
prochain s'il y en a un. II y a des thèmes que l'on a pas encore abordé: l'éducation par exemple. On n'a pas encore fait de morceaux reggae ou des musiques d'Afrique du Nord.
L'A. : À quel moment avez-vous senti que le Bisso allait être un succès ?
P : Je l'ai vraiment ressenti sur le premier single. Avant je n'étais pas sûr qu'un tel projet
puisse marcher. Au niveau des grands médias, seulement quelques chanteurs africains fonctionnent. Davantage des tubes de l'été qu'autre chose, le petit côté exotique qui plait toujours. Moi, je ne peux pas faire de morceaux sans sens, je me débrouille toujours
pour parler à la communauté. Je suis très engagé avec Ministère A.M.E.R, je suis comme ça.
L'A : II y a pourtant votre morceau "Le Couloir De La Vie" avec Julie de "Notre Dame
De Paris". Pas vraiment engagé, non ? II est sorti ?
P : II faut qu'il sorte ! C'est un morceau que j'ai fait à côté, il parle d'accouchement. Je tombe sur une fille qui a une voix pareille, j'ai envie d'écrire. Ce morceau c'est pour les femmes, pas pour les scarlas ! Beaucoup peuvent ne pas aimer ou comprendre. C'est une vraie démarche artistique. Si dans une carrière on ne prend pas de risques, on se retrouve bloqué. On fait un projet comme celui-là, un comme le Bisso, après personne ne peut plus nous cibler et on fait ce qu'on veut.
L'A : Et dépasser les frontières du rap pour devenir un artiste à part entière...
P.: Je ne sais même pas si moi je suis reconnu comme artiste ou juste comme rapper ! Une carrière de rapper, c'est plus difficile à gérer, moins long aussi. Nous, ça fait quand même dix ans qu'on est là.
L'A. : Mais trois ans seulement sous les feux des médias non spécialisés. Ceux qui permettent de mener une carrière nationale ou internationale...
P : Avant j'étais dans les magazines underground depuis 1995 je suis sous les projecteurs avec le Ministère A.M.E.R.. Avec le succès tout change, tout s'altère. Les premiers changements je les ai vus à Sarcelles quand mon premier disque est sorti. À ce moment, il faut tenir la route, se tenir prêt. C'est pas facile de tenir un an, alors deux... Je suis déjà tombé, j'aurais pu tout lâcher.
L'A : À ce point ?
P : Des galères personnelles. Tu tombes, à toi de te relever vite. On ne voit pas le travail que cela représente. Je ne dors pas beaucoup, je cours tout le temps. Je bosse. C'est pas facile de tenir un an ou deux. À toi d'avoir toutes les cartes.
L'A. : Avoir toutes les cartes c'est amorcer un nouveau tournant avec le Bisso par exemple ? Une façon de contourner le tassement des ventes, de relancer une carrière solo.
P : Je n'ai pas fait Bisso pour un nouveau boost. C'est vraiment un projet collectif. Le Bisso a subi le tassement des ventes du rap. On serait sorti une année avant, on aurait doublé les ventes. Aujourd'hui, il y a plus de productions, plus d'albums. Sans ce putain de CDR on aurait pu vendre plus...
L'A : Ah, le fameux CDR !
P : C'est le rap qui est le plus touché. Les gens qui achètent Souchon ne vont pas faire de CDR. Quelquefois notre public n'a pas 100 francs. Alors acheter un CDR a 20 balles...
L'A : Est-ce que ce ne sont pas plutôt les affaires qui secouent le rap et les comptes-rendus de la presse généraliste qui risquent de le freiner ?
P : Un peu. Mais rien ne peut empêcher une tornade de tout dévaster. On a un réel savoir faire pour la création artistique et le business. Stomy va arriver, Hamed ensuite. Gyneco, moi et Assia. Djamatik est déjà sorti avec un bon concept, même si l'album ne décolle pas encore. Le disque est fort, j'aurais bien aimé faire un album reggae comme ça avec autant de featurings, d'invites.
L'A: Et au niveau de la voix ?
P: C'est son style d'arriver plein pot. On aime ou non. J'aime ce style ruff, il a un timbre de voix que peu de personnes possèdent. II a raison de le mettre en valeur.
Bisso Na Bisso, un projet ambitieux, une première dans le rap. Pour la première fois, l'afrocentrisme triomphe sur les ondes. Mais c'est surtout le succès de huit personnalités. À l'origine du projet, Passi. En 1996, quand celui-ci enregistre son premier album "Les Tentations", il est déjà en possession de quelques morceaux du Bisso avec l'idée de sortir l'album du collectif rapidement. Mais des raisons juridiques l'en empêchent. II mettra sur "Les Tentations" juste un extrait de "L'Union". Quelques secondes pour annoncer ce qui allait quelques mois plus tard valoir au Bisso le prix du meilleur groupe africain aux Kora Awards devant Nelson Mandela. Belle réussite pour le groupe, succès personnel pour Passi qui a su s'imposer à la fois comme artiste et initiateur de projet. Pour la sortie du live enregistré au Zénith, L'Affiche fait un tour d'horizon. Une heure pour évoquer le Bisso, Koffi Olomide, le tassement des ventes et les "putains de CDR". Micro ouvert à Passi en solo.
L'AFFICHE : Le Bisso a été une ouverture pour certains artistes africains comme Koffi Olomide, une possibilité de se faire connaître du grand public...
PASSI : Koffi est ignoré des médias européens. Mais il a l'appui de la communauté, il remplit le Zénith à lui tout seul, sans promotion des grands médias généralistes. Aujourd'hui il veut s'ouvrir, c'est normal. Je m'étais engagé à le faire chanter sur le Bisso, lui m'avait demandé d'être sur son album. On a mixé hier soir jusqu'à six heures du matin notre duo "Africa Kings".
L'A.: Alors?
P. (rires) : African Kings !
L'A : Sans commentaire. On dit qu'il y a mis toute son énergie, encore plus que d'habitude.
P. : Il veut vraiment se surpasser. Le Bisso a eu de fortes retombées pour lui comme pour moi. Premièrement, il m'a encore appelé pour me dire comment l'album fonctionne en Afrique. Ils sont comme fous là-bas.
L'A. : Si Koffi est présent, il manque quelques artistes de renom
P : J'avais contacté Myriam Makeba et Youssou N'Dour. Pas de réponse de Myriam, Youssou travaillait sur son album. J'ai croisé Myriam en Afrique du Sud lors de la cérémonie qui nous a consacrés meilleur groupe de l'année. C'est sûr, ils seront sur le
prochain s'il y en a un. II y a des thèmes que l'on a pas encore abordé: l'éducation par exemple. On n'a pas encore fait de morceaux reggae ou des musiques d'Afrique du Nord.
L'A. : À quel moment avez-vous senti que le Bisso allait être un succès ?
P : Je l'ai vraiment ressenti sur le premier single. Avant je n'étais pas sûr qu'un tel projet
puisse marcher. Au niveau des grands médias, seulement quelques chanteurs africains fonctionnent. Davantage des tubes de l'été qu'autre chose, le petit côté exotique qui plait toujours. Moi, je ne peux pas faire de morceaux sans sens, je me débrouille toujours
pour parler à la communauté. Je suis très engagé avec Ministère A.M.E.R, je suis comme ça.
L'A : II y a pourtant votre morceau "Le Couloir De La Vie" avec Julie de "Notre Dame
De Paris". Pas vraiment engagé, non ? II est sorti ?
P : II faut qu'il sorte ! C'est un morceau que j'ai fait à côté, il parle d'accouchement. Je tombe sur une fille qui a une voix pareille, j'ai envie d'écrire. Ce morceau c'est pour les femmes, pas pour les scarlas ! Beaucoup peuvent ne pas aimer ou comprendre. C'est une vraie démarche artistique. Si dans une carrière on ne prend pas de risques, on se retrouve bloqué. On fait un projet comme celui-là, un comme le Bisso, après personne ne peut plus nous cibler et on fait ce qu'on veut.
L'A : Et dépasser les frontières du rap pour devenir un artiste à part entière...
P.: Je ne sais même pas si moi je suis reconnu comme artiste ou juste comme rapper ! Une carrière de rapper, c'est plus difficile à gérer, moins long aussi. Nous, ça fait quand même dix ans qu'on est là.
L'A. : Mais trois ans seulement sous les feux des médias non spécialisés. Ceux qui permettent de mener une carrière nationale ou internationale...
P : Avant j'étais dans les magazines underground depuis 1995 je suis sous les projecteurs avec le Ministère A.M.E.R.. Avec le succès tout change, tout s'altère. Les premiers changements je les ai vus à Sarcelles quand mon premier disque est sorti. À ce moment, il faut tenir la route, se tenir prêt. C'est pas facile de tenir un an, alors deux... Je suis déjà tombé, j'aurais pu tout lâcher.
L'A : À ce point ?
P : Des galères personnelles. Tu tombes, à toi de te relever vite. On ne voit pas le travail que cela représente. Je ne dors pas beaucoup, je cours tout le temps. Je bosse. C'est pas facile de tenir un an ou deux. À toi d'avoir toutes les cartes.
L'A. : Avoir toutes les cartes c'est amorcer un nouveau tournant avec le Bisso par exemple ? Une façon de contourner le tassement des ventes, de relancer une carrière solo.
P : Je n'ai pas fait Bisso pour un nouveau boost. C'est vraiment un projet collectif. Le Bisso a subi le tassement des ventes du rap. On serait sorti une année avant, on aurait doublé les ventes. Aujourd'hui, il y a plus de productions, plus d'albums. Sans ce putain de CDR on aurait pu vendre plus...
L'A : Ah, le fameux CDR !
P : C'est le rap qui est le plus touché. Les gens qui achètent Souchon ne vont pas faire de CDR. Quelquefois notre public n'a pas 100 francs. Alors acheter un CDR a 20 balles...
L'A : Est-ce que ce ne sont pas plutôt les affaires qui secouent le rap et les comptes-rendus de la presse généraliste qui risquent de le freiner ?
P : Un peu. Mais rien ne peut empêcher une tornade de tout dévaster. On a un réel savoir faire pour la création artistique et le business. Stomy va arriver, Hamed ensuite. Gyneco, moi et Assia. Djamatik est déjà sorti avec un bon concept, même si l'album ne décolle pas encore. Le disque est fort, j'aurais bien aimé faire un album reggae comme ça avec autant de featurings, d'invites.
L'A: Et au niveau de la voix ?
P: C'est son style d'arriver plein pot. On aime ou non. J'aime ce style ruff, il a un timbre de voix que peu de personnes possèdent. II a raison de le mettre en valeur.




