2 BAL 2 NEG "Offensive hip-hop" - L'Affiche

2 BAL 2 NEG "Offensive hip-hop" - L'Affiche
2 BAL 2 NEG sont en tournée pendant tout le mois de février 1997 et clôturent le succès de leur album en commun "3 fois plus efficace" le 27 février au BATACLAN à Paris. Ils vous ont concoté un vrai spectacle hip-hop. Les posses de chaque groupe (le Ménage à 3 pour les 2 BAL et le Neg-escadrille pour les 2 Neg) fourniront chaque soir 2 premières parties. DJ Maître et Noise vous promettent "un putain de show DJ qui déchire" et une vraie mise en scène. Le dernier live rap au BATACLAN c'était les NTM ! Autant dire que la barre est haute, les gars.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 15 octobre 2006 06:24

2 BAL 2 NEG - Sur la mission (RER 1997)

2 BAL 2 NEG - Sur la mission (RER 1997)
Mont-De-Marsan... une torpeur tranquille. Les jeunes qui zonent dès l'après-midi aux abords de la salle de concert sont venus écouter du rap. A l'intérieur, les 2 Bal (les jumeaux Doc TMC et Brother G) et les 2 Neg (Eben et les frères Kick-Low et Niro), les DJ's Masta (alias maître) et Noise, engagés pour la scène, ainsi que le régisseur/superviseur et le chauffeur/sonorisateur, attablés, se restaurant.
Conversation prévisible, les filles du mouv' émoustillent les lascars qui lancent quelques comparatifs, entre deux parts de tarte. Depuis le début de la tournée, les filles et les jets de vannes constituent les discussions de table, un jour sur deux. Une ambiance bon enfant qui donne parfois l'impression au régisseur de conduire une colonie de vacances ! II est vrai que l'âge des 2 Bal 2 Neg va de 19 à 21 ans.

"Niro et moi habitons chez notre mère, explique Kick-Low. Ce n'est pas facile tout le temps. Pour elle, l'école est le plus important. Comme elle voit que ça commence a marcher pour nous, elle est plus indulgente. "
Et Doc se rappelle : "J'ai commencé à écouter du rap à dix ans et à écrire des rimes à onze. Je suis allé à un meeting de la Zulu Nation où tout le monde se prenait la tête et soûlait les gens avec des histoires personnelles. Après, ils venaient reprocher au rap d'être divisé et moins conscient qu'avant. Je n'ai pas de leçon à recevoir, j'ai mes propres expériences et j'en suis là par ma propre volonté. "

L'association des deux groupes avec le label indépendant Crépuscule a payé. Preuve que le hip-hop doit s'organiser de manière indépendante pour survivre, sans compter forcément sur les majors. Leur titre "La magie du tiroir" (le tiroir où disparaissent les maquettes des jeunes groupes après des mois de promesses) en est la parfaite illustration.
"Si les majors venaient nous voir maintenant parce que ça commence à marcher, explique Niro, on serait tentés de rester avec Crépuscule qui nous a soutenus et qui a pris des risques. Bien sûr, si on reçoit une proposition de contrat en or, on la considère. Mais pour garder le contrôle artistique, la licence semble être la meilleure solution."

Le repas fini, le groupe se disperse : baby foot pour les uns, partie d'échecs ou de dames pour les autres. Puis c'est l'installation sur scène pour la balance. Instant sérieux où se joue le concert qui va suivre. Les rappeurs ne pourront pourtant pas s'empêcher de déconner en effectuant quelques pas de danse ridicules ou en lançant "Oh mon zgueg ! Où est mon zgueg ?" au lieu de "oh mon gang ! Où est mon gang ?" Après plus d'une heure de test, le groupe donne une interview avant d'aller se reposer dans un petit hôtel.

"Une tournée, ça fatigue, se plaint Niro. On ne dort pas assez, on se lève tôt et on ne mange pas très bien. Mais on savait que ça ne serait pas qu'une partie de plaisir. C'est un peu chiant, quand on se sent bien dans une ville, on sait qu'on ne va pas rester. Parfois, des gens très proches de moi me manquent. J'aimerais qu'ils soient là pour partager ces moments avec nous."

Les potes, la famille, voilà à quoi on se raccroche quand on vient des quartiers populaires délabrés de la banlieue sud. Les 2 Bal 2 Neg ont la chance d'en sortir et d'aller voir ailleurs. Pendant ce temps, les autres tiennent toujours les murs de la cité. "On avait un morceau, "Ghetto paradise" qu'on a laissé tomberà cause de "Gangster paradise" de Coolio, se remémore Doc. On y disait que malgré la merde et les flics, on se sentait bien chez nous et qu'on n'avait même pas besoin d'aller voir ailleurs. Mais si je suis en tournée, c'est que j'ai eu besoin d'en sortir."

Retour à la salle où la première partie, OMG, se démène correctement, suivie par un show de danseuses. Entre 250 et 300 personnes se sont déplacées, pas mal pour une petite ville comme Mont-De-Marsan ! Dans d'autres villes plus importantes, le groupe a fait le plein. La salle est plongée dans le noir, le public s'est massé devant la scène. Pendant ce temps, le groupe fait sa prière rituelle et collective dans sa loge. Premiers craquements de vinyle, musique sombre et tendue, digne du meilleur des films d'angoisse, premiers scratches, arrivée massive des cinq rappeurs qui envahissent la scène sous les lumières qui s'allument. Le beat claque sous les mains agiles des deux DJ's, capuche jusqu'au nez. Impression immédiate de puissance, tant les cinq savent occuper l'espace. Les mots font mouche à tous les coups. Niro, "le putain de nègre qui a la boule à zéro ", démarre les hostilités avec "Accepte mon concept".

"Negro est devenu un mot usuel et pas du tout négatif dans le langage des cités, précise Niro. Même ma mère l'a compris !" Les voix enragées ou vicieuses se succèdent et se chevauchent dans un désordre savamment dosé. Vague chorégraphie, fausses engueulades, enchaînements... lorsque les cinq donnent des coups de pieds dans le aide en gueulant "kicke", ça tue !
Au milieu du concert, les deux DJ's se lancent dans une enfilade ingénieuse et virtuose de sons. Masta excelle dans le scratch, Noise la joue acrobatique, passant d'une platine à l'autre en tournant sur lui-même, de dos et avec la bouche. "Il y a toujours une part d'improvisation dans le concert, en fonction de ton humeur ou du public. Ça se ressent sur les arrêts, les scratches et les cuts, concède Masta, le producteur qui monte. Je faisais le DJ dans des soirées et j'étais dans un groupe, L. R., de la Mafia Underground. Avec Tefa, on a monté notre unité de production, Kilomaître. Ça a été dur, pas mal de merguez frites pendant des mois, mais maintenant j'en vis. Les influences sont inévitables, dans tous les styles de musique. Quand on sample, ce n'est pas du plagiat. Jimi Hendrix, John Coltrane ou Duke Ellington ont samplé à leur façon, puisqu'ils étaient influencés par d'autres. D'ailleurs les producteurs de rap jouent de plus en plus des instruments. Je ne me limite pas au funk, à la soul et au jazz pour mes samples. Je pioche aussi dans le rock et les musiques de films. II y a tellement de samples qui ont été pris qu'il faut savoir chercher ailleurs. Avec les 2 Bal 2 Neg, on ne peut pas acquérir des automatismes parce qu'on travaille toujours de manière différente. Parfois, il faut s'adapter à un texte, parfois je crée la musique d'abord."

Les premiers rangs sont hystériques et scandent les refrains de la plupart des morceaux. Un rappel s'impose devant un tel déchaînement. Les 2 Bal 2 Neg savent que la date parisienne de cette tournée sera décisive, cela ne les empêche pas de se donner à fond en province. Dernières salves impeccables avant de recevoir les fans qui veulent les photographier, se faire dédicacer une affiche ou discuter avec eux.
"je ne m'attendais pas à trouver autant de gens qui aiment le hip-hop et qui aient conscience des mêmes problèmes que nous, avoue Niro. Les villes sont différentes mais l'état d'esprit est souvent le même. Je me suis rendu compte de la portée réelle des textes. Désormais, je pense que cela influencera mon écriture. C'est vrai qu'on ne sait pas toujours comment les gens peuvent interpréter nos textes. On a joué à la prison de Fleury-Mérogis. Ça a été une expérience traumatisante : on a même retrouvé un pote d'enfance qui allait en colonie de vacances avec mon frère. Les prisonniers étaient très attentifs aux textes. Imagine quand on a joué notre morceau sur tous nos potes qui sont tombés, "1oo degrés à l'ombre" ! Ça me pousse à être encore plus scrupuleux et réfléchi dans mes textes. D'ailleurs, on en discute de plus en plus entre nous."

11 heures 30, il n'y a pas grand monde dans la salle à manger de l'hôtel pour le petit déjeuner. Les retardataires grignotent quelques précieuses minutes au fond du lit ou s'éternisent sous la douche. A midi tout le monde a enfin rejoint le camion qui va filer sur Agen. La majorité finit la nuit sur la route. Deux heures après, on entre dans un Agen désertique et pluvieux. Un dimanche comme un de ceux que les 2 Bal 2 Neg ont trop connu en banlieue parisienne.
"J'habite en banlieue sud, à Vitry, dans le quartier des cités toutes cramées, entame Kick-Low. Je remercie ma mère pour m'avoir donné une bonne éducation et m'avoir poussé à continuer l'école. Quand tu habites dans un quartier où les grands se font de la thune en dealant, c'est tentant de s'y mettre. Personne n'est là pour te dire d'arrêter les conneries. Maintenant, il n'y a plus aucune morale. Tu niques la vie, tu prends ce qu'il y a à prendre. J'ai croisé un gosse de 14 ans de mon quartier qui venait de revendre un vélo qu'il avait chouré. Ça me fait de la peine parce que ses parents se saignent pour lui payer une école privée. il est important que le rap apporte un message positif et ne fasse pas croire que le crime est le bon chemin. "

Doc poursuit : "Dans toute cette merde, il est urgent que les relations entre les flics et les jeunes changent."
Et Kick-Low de conclure :"A la cité, les mauvais rapports entre les jeunes et la police, c'est presque une question de culture. On ne s'aime pas, c'est viscéral. Le dialogue n'est plus possible. Tu le sais depuis tout jeune. Mais il y a des flics qui font bien leur boulot. J'ai même rencontré un DJ de hip-hop qui est flic ! Je le respecte."

Salle, balance, hôtel... Les jours se suivent et se ressemblent. Le groupe joue devant à peu près autant de monde que la veille. Ambiance bizarre : le concert se déroule en fin d'après-midi. Sur scène, Driss, rappeur d'OMC, le groupe qui ouvrait la veille, est venu rejoindre les parisiens sur scène. Succès. Le groupe s'enferme ensuite dans sa loge pour un récapitulatif en privé des erreurs. Les voix s'élèvent au travers de la porte close. La prochaine date devrait tenir compte de cette petite réunion.

Le groupe emmène quelques fans au restaurant histoire de poursuivre les discussions. Il y a là des jeunes d'origine algérienne et marocaine. La conversation démarre sur la situation dramatique de l'Algérie et sur l'absence de liberté d'expression au Maroc. Quelques membres des 2 Bal 2 Neg leur posent des questions avant de parler de leurs origines.
"Certains rappeurs américains se revendiquent afro-américains. Pour moi, ils sont plutôt américano-africains. ils ne savent même pas de quel pays d'Afrique ils sont originaires, soutient Brother G. Moi je peux dire que je suis afro-européen parce que je connais mes origines zaïroises. Ce ne sont pas mes parents qui m'ont donné la culture zaïroise parce que eux, ils ont voulu s'intégrer à tout prix. Et à l'école, on ne fait pas de détail et on apprend à tout le monde que nos ancêtres sont les gaulois ! J'ai donc compris qu'il fallait que j'apprenne par moi-même d'où je venais. Avec Passi du Ministère A.M.E.R., Arsenik, Benji des Neg Marrons, Mystik et les 2 Bal, on a formé un collectif de rappeurs congolais. On a samplé de la musique zaïroise et on a fait un morceau sur l'union de toutes les ethnies du Zaire."
Réagissant au projet de loi Debré qui traite les étrangers comme du bétail et les citoyens français comme des vichystes, et sous l'impulsion de Masta, et du réalisateur Jean-François Richet ("État des lieux", "Ma 6-té va craker"), un maxi devrait être enregistré sur le sujet. "On dirait que la droite nous a lancé un défi," lance Doc. "Comme s'ils nous disaient : "Maintenant qu'on a le pouvoir, est-ce que vous allez vous bouger le cul ?" On nous a demandé de participer à ce projet contre la loi Debré mais je préfère faire quelque chose contre toutes les lois racistes, aussi bien celles de Joxe qui est de gauche."
Et Niro de conclure :"La plupart des gens qui votent pour le front National ne sont pas racistes ou alors sont des racistes qui s'ignorent. Et c'est encore pire." Des partis traditionnels qui appliquent timidement les idées développées par Le Pen, n'est-ce pas ça, le pire ?


Philippe Roizès
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 15 octobre 2006 06:23

2 BAL 2 NEG - Double impact - GROOVE n° 40 HS rap français

2 BAL 2 NEG - Double impact - GROOVE n° 40 HS rap français
A la veille de leur passage aux Francofolies de La Rochelle, les 2Bal 2Neg sont un peu émus. Voilà tout juste un an que les deux groupes étaient programmés lors des "Hip Hop Folies", le penchant rap du festival. Seulement voilà, demain ils prendront d'assaut l'esplanade St-Jean d'Acre, celle des grands ! En l'espace d'une année, l'ascension des deux groupes a été fulgurante. La tournée à rallonge imposait bien un petit bilan. Eben et G-Kill se prêtent au jeu.

"On était pas habitués à faire une tournée aussi longue. Mais ça nous a permis de découvrir le public de province, ce qui était très important. A force de trainer dans les sphères parisiennes, on oublie un peu trop vite qu'il y a un public ailleurs" commente Eben. G-Kill a découvert la portée du groupe : "En voyant que les gens reprennaient nos paroles en coeur, on a compris aujourd'hui qu'on a plus le droit de dire n'importe quoi. On a vu que les gens kiffaient beaucoup notre musique. Pour qu'un groupe soit apprécié, c'est pas juste sur les ventes qu'il faut se baser : mais sur tout le travail artistique et scénique". "C'était complet partout, aussi bien les petites salles que les grandes. Ça apporte une expérience scénique considérable" explique Eben, pour ensuite analyser plus posément : "ça nous a permis de nous ordonner, de nous coordonner, à être moins dissipés, parce que c'est un travail et qu'il faut être professionnel. Il faut apprendre à gérer ton travail. Et ça c'est très important ! Ce n'est peut être pas des révélations très fabuleuses, mais pour nous ça été très important de s'en rendre compte. On a essayé de se comporter comme un vrai groupe professionnel et je pense que le public l'a ressenti".

Cet exploit est aussi une grande victoire pour les indépendants. Lorsqu'en 95, les deux groupes originaires de la banlieue Sud s'associent à deux tandems de producteurs, Kilomaître et White & Spirit, rien ne présagait ce raz de marée.
Eben garde ses distances quant au mot succès :"Je pense que c'est d'abord la concrétisation d'un bon produit. C'est plus un travail qui a payé, autant artistique que scénique. S'il y a un vrai succès c'est celui d'avoir vendu autant de disques, avec le peu de moyens qu'on disposait. C'est de s'être démerdé de A jusqu'à Z qui est un vrai succès". Outre cette tournée encore impensable pour un groupe de rap indépendant, le collectif à été présent dans les plus gros festivals comme le Printemps de Bourges, les Transmusicales de Rennes et bien sûr Les Francofolies de La Rochelle. A croire que le Rap a fini par s'imposer comme un art à part entière et non plus comme une sous-musique. "Il y a toujours eu des scènes Hip hop dans les gros festivals, mais c'était plus restreint. Moi, je pense que le travail est déjà à faire dans ces petites salles. C'est le même truc que les indés et les majors. Il faut faire tes preuves dans les petites salles pour pouvoir, un jour, monter sur les grandes. Tu remarqueras que 2 Bal 2 Neg' ont fait les petites salles de tous ces festivals-là. En commençant par la Rochelle où on se retrouve aujourd'hui sur la grande scène avec IAM et FFF" rappelle Eben.

"C'est le travail d'un an. Avant, on faisait pas beaucoup de dates, après La Rochelle, on a explosé ! C'est un résultat logique". Pour l'heure, la promo continue. Les festivals d'été ne seront pas épargnés, et nos deux groupes courronés de ce relatif succès iront même représenter la France aux Francofolies de Montréal. "Ce qui est intéressant, c'est de voir tout ce qu'on a pu faire en un album : 40 000 ventes, des télés, une tournée gigantesque, le Bataclan, obtenir le FAIR (Fonds d'Aide d'Initiative de Rock), gagner des concours comme "L'air du temps" en Belgique. Pour une aventure avant tout humaine, je trouve cela exceptionnel".

On imagine tout de même la difficulté de conjuger cette interminable promo avec de nouveaux projets. Pourtant les deux groupes travaillent chacun de leur côté sur leurs futurs albums respectifs. Eben :"Ça ne sert à rien de se presser. Notre but n'est pas de sortir un album par an. On pense à la suite bien sûr, mais on pense plus à la construction qu'aux morceaux. De toute façon, ce sera un travail mûrement travaillé et réfléchi". Et G Kill de poursuivre : "On travaille toujours en parallèle. Par exemple, on a fait des trucs sur l'albrun de R et celui du Ménage à 3. Les 2 Neg' ont aussi leur posse, donc ça fait du taf quoi qu'il en soit. C'est ce qui est important, c'est ce qui donne la force aux gens qui sont derrière nous. Aujourd'hui c'est 2Bal et 2 Neg', demain ce sera deux autres groupes d'une autre click".

Pour terminer, Eben nous lâche quelques scoops : à savoir une date parisienne à la fin de l'année, dont le lieu reste encore à confirmer et surtout un single - une surprise - une nouveauté.

Décidément pas avares les lascars ! Même super occupés. ils pensent à nous !

Franck Frejnik
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 15 octobre 2006 06:21

Les histoires des 2 Bal 2 Neg - L'Affiche n°38

Les histoires des 2 Bal 2 Neg - L'Affiche n°38
LES ENNEMIS PUBLICS SE SUCCÈDENT MAIS NE SE RESSEMBLENT PAS. AUJOURD'HUI, LA MENACE NE VIENT PAS D'UN TERRORISTE SURARMÉ MAIS D'UN GROUPE DE PE-RA EXCITÉ. LES 2 BAL 2 NEG BALANCENT DES COCKTAILS MOLOTOVS 100 % VOCAUX SUR UNE SCÈNE DE MOINS EN MOINS UNDERGROUND.

18 heures 40, rue Pasteur, Ivry. Extérieur jour pour une séance photo près du studio d'enregistrement. Les jumeaux des 2 Bal posent, bière à la main. "Vire ta casquette. on ne voit plus mon visage.» G Kill, face à l'objectif, mime une photo made in zonzon de face puis de profil. Vient ensuite le portrait de groupe.
Difficile de faire tenir tout ce monde dans un petit cadre. Les 2 Bal 2 Neg' c'est d'abord la réunion de deux groupes initialement indépendants pour être "3X Plus Efficace" sur l'album du même nom. Efficacité, mot d'ordre de la dernière répétition. Dans l'obscurité assourdissante, c'est quarante minutes de textes déchainés et de gestuelles kung fu. Mais tout ne leur semble pas parfait. « Le son est un peu mauvais » explique Tefa, « c'est dû à la salle. Pour ce qui est de la chorégraphie, on est serré. La scène est petite, mais c'est un bon entrainement. »
20 heures 03, cour intérieure du studio du Parc. Les embrouilles commencent. À les voir s'agiter, on se demande comment les décisions sont prises : à coups de flingues ou à l'unanimité ? Niro des 2 Neg' met fin au malaise :« Etre nombreux », dit-il, « cela a des avantages et des inconvénients. Il faut faire la part des choses pour que cela se passe bien. Par exemple, si pour les textes chacun fait un travail d'écriture, pour la musique on bosse indifféremment avec notre DJ ou celui des 2 Bal. Cela se fait au feeling. De toute façon, chaque groupe se réserve la moitié des titres sur l'album. »
Malgré tout, ça continue de chahuter dur. De toute façon, on les voit mal en train de se flinguer et pour cause : c'est une histoire de famille stricto sensu. Dans les deux groupes, il y a une paire de frangins. Eben explique : "On crie, on s'excite, c'est normal on vient de la même famille. Maintenant, quand on rappe, on bosse. Ce n'est plus une histoire de famille ou d'amitié, même si on ne peut pas l'oublier. D'ailleurs, on fait de la scène avec les 2 Bal depuis 1989. On est comme on est : pas question de travailler en fonction des FMs. Ce serait plutôt le contraire, à elles de bosser pour nous. Elles ont besoins d'artistes français. » Tefa ajoute la phrase-choc : « Nos rapports avec les radios, c'est uniquement avec préservatif !»Alors, c'est pour quand la tournée des émissions télés ? G Kill attrape le micro et dans une imitation sans complexe d'un crooner italien, balance :« Si tu penses à Ophélie, c'est ouuui !» Il hurle dans le micro : "Ophélie, si tu nous invites, nous serons toujours présents ! Pareil pour les journalistes. On est sûr de notre image, on n'a rien à craindre. »
Après ça, on est loin de l'ambiance de "Que Faire", le morceau le plus perso de l'album. Plus sérieux, Doc TMC défend son bébé: « Ça n'a rien à voir. De toute façon, ce morceau est pour tous les gamins qui sont dans le rap. Ils vont s'y retrouver. » Mais est-ce que le message va passer après "Old School Shit" ? Niro s'empresse de rectifier : « C'est un hommage, un clin d'oeil sur ce qui se passait sur Nova à l'époque, avec Lionel D. D'ailleurs Cut Killer l'a passé dans son show »

21 heures 13. A qui le mot de la fin ? Eben se penche, prend alors le dictaphone pour une mise au point sur le dénommé Busta Flex (voir portrait dans ce numéro, rubrique "Underground"). « Moi, j'ai pas à critiquer Busta Flex, il fait son biz et moi le mien. Dans l'impro, je ne suis pas né d'hier. C'est son temps. Mais le numéro un c'est pas lui, c'est pas moi. C'est le public qui décidera. Très bientôt. »

CHRISTOPHPE GROS-DUBOIS
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 15 octobre 2006 06:20

2 BAL 2 NEG' - L'union fait la force

2 BAL 2 NEG' - L'union fait la force
"Le problème en France, c'est que si un groupe fait de l'argent en faisant du funKy, plein de groupes feront la même musique. Des directeurs artistiques ont écouté nos maquettes et disaient adorer et puis personne ne nous rappelait. C'est ça "La magie du tiroir" : Alors on s'est pris en charge en autoproduisant et voilà le résultat."
Le résultat, c'est d'abord un premier single des 2 Bal 2 Neg, deux groupes de la banlieue sud réunis pour l'occasion, justement intitulé "La magie du tiroir," sur lequel Rocca de La Cliqua est invité.

Tempo lent, musiques simples et subtilités en arrière fond, voix offensives... le tout est dans l'air du temps mais affirme une identité. Le rap français, vite courtisé par les majors, a vu la montée en flèche des vedettes et les autres se briser les reins. L'autoproduction et les labels indépendants étaient la seule solution pour le véritable underground. Voilà ce qui explique les sorties massives des derniers mois. La suite c'est un album détonnant, "Trois fois plus efficace". Un titre certainement pas usurpé quand on prend pleine face une telle maîtrise. Six rappers, quatre artisans de la musique et quelques invités. Du beau monde pour en imposer : "La production des musiques s'est répartie entre White, Spirit, Tefa et Kilomaître. Les rappers des deux groupes venaient nous donner leur avis. Ça a aussi des inconvénients de travailler à plusieurs. On a passé quinze jours à prendre une décision pour la pochette."

Mais il y a encore plus fort ! Les 2 Bal 2 Neg ont préparé l'un des shows les plus aboutis du rap français. "Beaucoup de musiques de films d'horreur ont été utilisées, comme la série des Freddie kruger. Les films reflètent souvent la vie alors on retourne puiser dedans."

Une intro totalement cinématographique, dans le noir, compte à rebours avant l'envoi du beat et c'est parti pour 45 minutes durant lesquelles six "Putains de négros" se déchaînent
avec une incroyable rage. Les voix se succèdent et se chevauchent, haineuses; vicieuses, cassantes, jonglant avec les mots avec aisance.

Gifles verbales, montagnes russes et loopings du verbe, auto-citations, jeux de mots, recyclage de tube populaires, humour à la clé. Le tout fait penser à la brutalité d'Onyx sur une musique sombre comme celle du Wu Tang ou jazzy comme celle de La Cliqua, balancée par deux DJs. Et en plus, des textes corrosifs ("ils disent connaître nos problèmes après avoir vu La haine" et originaux. Le titre "Que faire ?", prochain single, sur la perversion de là religion, en témoigne.

Les projets ne manquent pas : plusieurs scènes ensemble, une collaboration avec HawKman, un toaster ragga américain pour les 2 Bal, la musique de "Ma 6-T va crack-er", le second film de Jean-François Richet ("État des lieux") et deux titres avec les anglais de Cash Crew pour les 2 Neg.

"Notre destin n'est pas lié à jamais : les 2 Bal et les 2 Neg vont sortir chacun un album pour affirmer les deux identités. " On les attend avec impatience.

Philippe Roizès dans RER (96)

# Posté le dimanche 15 octobre 2006 06:18